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Pour les groupes - sur rendez-vous - contactez-nous par e-mail : saintmontan1@orange.fr |
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Les
cadastres d’Orange… et Saint-Montan
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En septembre 1949, au cours de travaux
au centre d’Orange dans le Vaucluse, fut mis à jour “un nid de marbre”
dont un certain nombre de fragments de plans cadastraux de la colonie
romaine d’Arausio. Les fouilles qui se poursuivirent épisodiquement de
1952 à 1963 permirent de réunir 444 fragments et une inscription
monumentale de Vespasien, empereur romain de 69 a 79 après
Jésus-Christ.
L’épigraphiste A. Pigagnol (1) reconnut leur appartenance
à trois cadastres qu’il désigna par A, B, C, puis il marqua sur le
terrain les cadastrations. “Le B, le moins incomplet, fut bien
déterminé. Son territoire s’étend de Montélimar à Orange, et du Rhône
aux premiers reliefs importants à l’est”, telle fut sa conclusion.
Depuis une vingtaine d’années la technologie “du traitement de texte de
l’image” pour des photographies aériennes ou prises par satellites, a
apporté d’étonnantes précisions.
C’est ainsi que Chouquer (2) peut
affirmer que le cadastre dépasse le cadre de la colonie romaine
d’Arausio. Pour ce chercheur, le Rhône qui coulait plus à l’est en ce
temps là, ne serait pas la frontière, à l’ouest, de la colonie mais les
Monts de l’Ardèche, entre les deux villes de Bourg Saint-Andéol et
Viviers. La commune actuelle de Saint-Montan serait donc figurée sur ce
cadastre. Pigagnol n’avait pu le préciser car les fragments
correspondants n’avaient pas encore été retrouvés. Par contre “il avait
pu tracer les cours du Rhône, de la Berre, et le franchissement de
celle-ci par la voie Agrippa au Logis de Berre”.
Or, dans la “Charta Vetus” de l’évêché
de Viviers où sont consignées les donations qui ont été faites au Haut
Moyen-Age, nous avions relevé des noms de certains lieux-dits retrouvés
dans notre commune (3). Ainsi, un riche propriétaire terrien devenu
évêque de Viviers sous le nom de Firmin, et Alcinius, l’époux de sa
fille, avaient donné tous leurs biens à l’église de St-Vincent à la fin
du VIe siècle. A l’époque de ces donations, le Vivarais était sous la
domination de Clotaire II, roi des Francs, fils de Chilpéric mort en
584.
C’était donc, bien après l’an 77 de notre ère, date a laquelle
l’empereur Vespasien avait ordonné de dresser les cadastres pour que le
proconsul de la Narbonnaise, dont le Vivarais dépendait, puisse mettre
de l’ordre dans la fiscalité de cette province après les règnes
désastreux de Caligula, Claude et Néron. Les domaines de Firmin et de
son gendre, que l’on peut dater de la fin du VIe siècle, pouvaient se
trouver encore (les spécialistes le reconnaissent) sur des domaines
existant déjà en 77, même si l’occupation des sols fut très modifiée,
suite aux invasions très destructrices des barbares dans la vallée du
Rhône.
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Ainsi
T. Oudiot (2) confirme que sur la rive gauche au lieu-dit
Logis de Berre, suite a une étude archéologique, on peut affirmer que
l’occupation a perduré du premier Age du Fer jusqu’au VIe siècle “et
que l’intérêt de ce site devait être important puisque la voie dite
d’Agrippa traversait la rivière Berre pour la
longer”. Autre certitude
apportée par les archéologues : la présence d’un site antique sur les
bords du Rhône proche de l’ancien port de Donzère et de la ferme
“Molard”.
A proximité, ils ont mis en évidence un complexe de 10 000
mètres carrés de surface, avec un cellier d’une capacité de stockage en
vin de 2 400 hectolitres, 4 pressoirs, 2 fouloirs à environ 700 mètres
de Donzère, et 1 500 mètres du cours actuel du Rhône. Cette cave de
grande capacité devait exporter à Rome, par Arles et Ostie, du vin
d’Helvie très apprécié des Romains. Selon Pigagnol “le pont qui
franchit le Rhône un peu en amont de Donzère, et la route qui conduit
sur la rive droite respectent rigoureusement l’orientation antique et
doivent succéder à un très ancien passage”. Or sur cette rive, dans la
commune de Saint-Montan, il y a un lieu-dit les “Baraques”. Pour les
toponymistes “baraques” est la traduction du latin “canabae”. “Ces
baraquements, installés dans des camps de halte pour les légionnaires
en campagne, étaient occupés par des commerçants, des batteleurs, des
femmes”.
Ces aménagements, d’abord précaires, au cours des temps
devinrent parfois “vicus” c’est-à-dire, généralement, un hameau. Dans
les cités (à Lugdunum, Lyon, par exemple) dans le quartier “les
Baraques” s’établirent des négociants (le plus souvent orientaux dits
syriens) en huile et vin. On connait ce fait par la dédicace d’une
statue, citée par Leurat (4) : “A Mintathius Vitalis, fils de Marcus
négociant en vin lyonnais établi aux “Baraques”… (qui fut) honoré du
très splendide ordre d’Alba” (Alba Helviorum, soit Alba des Helviens).
Au quartier des Baraques à Saint-Montan, faute de fouilles
archéologiques, ne pourrait-on émettre l’hypothèse que d’anciennes
“canabae” furent aménagées en entrepôt par un propriétaire devenu
exportateur d’huile et de vin produits dans le Bas-Vivarais ? Rappelons
qu’en 1885 sur la colline Saint-Pierre, surplombant les “Baraques”,
Marichard a mis à jour les ruines d’une “splendide résidence”
gallo-romaine, à environ 4 lieues romaines du site portuaire de Donzère
(3). Notons que non loin du lieu dit Baraques (avec un seul r) et au
nord se trouvent deux lieux-dits : Petit Champagne et Grand Champagne.
Ne serait-il pas le “souvenir” de Petit Camp et Grand Camp dérivés du
latin campus qui a donné camp, campagne, champagne ?
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Revenons aux Archives.
La
Charta Vetus
est la dernière copie transcrite après plusieurs autres à partir de
celle de 950 qui, elle-même, était la copie de l’original devenue
difficile à lire et qui a disparu. Des erreurs certaines de copistes
ont rendu parfois, malheureusement, sa compréhension hasardeuse. La
première concernant notre commune est rédigée ainsi : “Sanctus Firminus
cum uxore Aula, Lendronino (relu par un autre copiste : Ladamusco),
Meteratis cum ecclesia sancti Andreae damate (notons le “d” minuscule
de “damate” que nous avons relevé dans la copie de la Charta Vetus
conservée à l’évêché) Tornicate, medio Saconaco, Vocerno. Ista
dereliquit at Deo et Sancto Vincentio”. “Saint Firmin en accord avec sa
femme Aula fit don de Lendronino (Ladamusco, probablement plus exact),
Meteratis avec l’église Saint-André, damate, Tornicate, medio Saconaco,
Vocerno, le tout offert à Dieu et à Saint-Vincent”.
Pour Rouchier :
Tornicate serait Tourne, quartier de Bourg-St-Andéol ?? Vocerno :
Valescure qui est bien dans la commune, ainsi que Chauviac, traduction
de Rouchier du mot Saconaco. Chauviac serait le domaine (acum) de
Calvius, le Chauve. Ecclesia Saint-André est, sans nul doute, celle de
Saint-André de Mitroys. Mais il semble impossible de faire “descendre”
le mot Mitroys de Meteratis ! Peut-être (hypothèse, encore et toujours,
reprise sans preuve) y aurait-il eu là, un temple dédié à Mythra ou
Cybèle ? Ne serait-il pas plus simple de trouver une traduction à
partir du verbe latin : metor, metari, signifiant délimiter et de
traduire, tout simplement, meteratis par enclos (ce qu’il est) :
l’enclos de l’église de Saint-André ?
A l’aube de l’ère chrétienne
l’église “apprivoise” la mort alors, le cimetière qui “d’excentrique”
qu’il était, vient “s’agglutiner autour de l’église”, selon les
remarques de l’historien Lebecq. L’enclos de Saint-André est bien un
cimetière et une coupe archéologique pourrait en dater son origine, ou
antique ou mérovingienne. D’autre part, meteratis, pour le toponymiste
Rostaing, viendrait de mece-, ruines, meteratis ne serait qu’un
amoncellement de ruines. Mais damate, sans majuscule, ne viendrait-il
pas du mot latin damnum : dommage, dam ? Il semblerait plus logique
alors d’associer meteratis (m, minuscule) à l’idée d’enclos, et damate
a l’idée de ruines. Et certes nombre de ces villae (maison avec
l’oratoire pour les premiers chrétiens) n’étaient que ruines, après le
passage des Barbares.
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On sait que, suite a ce grand “dam”, bien des
domaines ainsi dévastés furent donnés à l’Eglise, non seulement par
dévotion mais aussi par désolation et misère. L’autre don est celui
d’Alcinius, époux de la fille de Firmin, la sœur d’Aule successeur de
son père en tant qu’évêque. Connu pour sa piété et son extrême charité
il fut sanctifié.
“Ego Alcinius et uxor mea Madeconia qui fuit soror
sancti Auli dotavinus Sancti Vicenti, de Cuisiniaco quod est
constructus super flumen Rhodani usque ad Bauarias, et usque rives
Osonem et Bello dimidium, Tricastinensis insula quae vocatur
Argentarias quae est a Bergoïates superiorem”. Moi et ma femme
Macedonia qui était la sœur de Saint-Aule nous donnons à Saint-Vincent
: le domaine de Cousignac (domaine qui existe toujours dans la commune
sous ce même nom). Situé au dessus du Rhône il s’étend jusqu’à la Berre
et à l’embouchure de cette rivière. Il faut remarquer que la Berre est
située de l’autre côté du fleuve, face à Cousignac, l’ensemble devait
être d’une très grande étendue.
Bello dimidium est pour Rouchier le
domaine de Bel… et si c’était celui de Berre relevé dans les cadastres
d’Orange ? L’ île Argentarias est dans le Tricastin à
Bourg-Saint-Andéol quartier dit en ce temps là Le Haut. Tels sont les
rapprochements possibles entre le cadastre d’Orange et les noms
identifiés, et dans la Charta Vetus, et dans le cadastre actuel de
notre commune. Espérons que les passionnantes recherches, poursuivies
par les chercheurs nous apporteront de nouvelles précisions sur
l’histoire de notre village qui, sans nul doute, n’était pas encore…
Saint-Montan.
Bibliographie :
1
- A Pigagnol : Les documents cadastraux
de la colonie d’Orange - C. N. R. S. : XVe supplément Gallia
(1963)
2
- Chouquer : Cadastre et espace rural : Besançon
(1980)
C. N. R. S. (1983)
3 - R. Barral-Mazoyer : St-Montan en Vivarais.
Aubenas (1993)
4 - L. Leurat : La Gaule romaine. Ed. Errance (1986)
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La
première croisade et Saint-Montan
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“Nous avons tous,
ou presque tous, un lointain ancêtre –
baron ou plus souvent piéton – qui participa à
l’aventure”
Il y a eu 900 ans, le 15 août 1096 :
“les moissons étant engrangées”, des Francs du nord, des Francs du midi
mais aussi des Italiens, des Lombards… s’ébranlèrent, en route pour
Jérusalem. C’étaient des chevaliers, leurs barons et leurs gens d’armes
suivis d’une foule de piétons, hommes, femmes et enfants. Ils partaient
délivrer le Saint Sépulcre tombé, en 1071, aux mains des Turcs. Cette
date avait été fixée à l’approche de la Saint-Nicolas en 1095 par un
pape français, Urbain II, lors du concile de Clermont. Après avoir
délibéré de problèmes liturgiques, le pape avait évoqué devant les
prélats et les laïcs, les persécutions à l’égard des pèlerins en Terre
Sainte. Il exhorta les fidèles à devenir les “hérauts du Christ” pour
chasser les impies des lieux saints promettant à tous ceux qui
mourraient dans les combats, la remise de leurs péchés, lançant l’appel
fameux aux conséquences insoupçonnables, “Dieu le veut”.
Certes il fallait libérer Jérusalem,
mais il fallait aussi assagir – et éloigner pour un temps – tous ces
seigneurs belliqueux, toujours prêts à guerroyer pour agrandir leurs
domaines aux dépens d’un voisin, fut-il évêque. En 989, au concile de
Charroux, dirigé par l’évêque Guy du Puy, I’église avait tenté, en
vain, de leur imposer “la paix de Dieu”. Mieux valut, leur disait
Urbain II, sauver son âme au service du Christ. Répondant à l’appel,
nombreux furent ceux qui, abandonnant toute ambition, “cousirent une
croix sur leur épaule” – d’où le nom de croisés et de croisade –. C’est
ainsi que le puissant comte de Toulouse, Raymond IV de Saint-Gilles,
marquis de Provence, qui prétendait avoir des droits sur le riche
diocèse de Viviers donc sur le Vivarais, fut un des premiers à réunir
ses barons avec le secret espoir d’être choisi chef de “l’ost Notre
Seigneur”. Le pape lui préféra Godefroi de Bouillon. J. Régné, dans
Histoire du Vivarais (2), raconte qu’un ami de l’évêque Léger de
Viviers, Ponce de Balazuc, s’engagea auprès du comte de Toulouse avec,
sans nul doute, des “pèlerins” armés ou civils. Or, “la famille de
Balazuc possédait, selon Le Sourd, une part de la seigneurie de
Saint-Montan depuis 1077” et voilà pourquoi, un de nos lointains
ancêtres…
Raymond d’Aiguilhe, un chanoine de
l’entourage de l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil – le représentant du
pape à la croisade –, écrivit à l’évêque Léger pour lui faire un récit
de la croisade et lui apprendre la mort de son ami Ponce de Balazuc, au
siège d’Archas. Un chevalier croisé, resté anonyme (1), laissa une
chronique des événements qu’il vécut, où il est possible de suivre
l’armée du comte de Saint-Gilles, très présente à tous les combats, et
donc Ponce de Balazuc jusqu’à sa mort.
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Quatre armées
composèrent
“l’ost Notre Seigneur”, mais chacune empruntant une route différente,
le pape les engagea à se rejoindre d’abord à Constantinople, la
capitale de l’empereur chrétien d’Orient : Alexis de Commène. Celle du
comte de Saint-Gilles passant par l’Esclovanie, la Slovénie actuelle,
arriva aux abords de la ville vers Noël. Elle campa hors des remparts
que franchit le comte, comme les 31 autres chefs, à l’invitation de
l’empereur. Est-ce devant la splendeur et les richesses de
Constantinople que l’ambitieux comte de Toulouse rêva d’un fief en
Orient ?
L’empereur demandant aux chefs “des
soldats du Christ” que “l’hommage” lui soit rendu “seul le comte de
Saint-Gilles répondit qu’il n’en était pas question, fut-il au péril de
sa tête”. Fier et téméraire, il refusait d’être le vassal de
l’empereur, désireux de chasser les Turcs usurpateurs de ses terres,
par l’intervention des Francs. Mais le duc Godefroi s’engagea au nom de
tous. En récompense, “l’empereur offrit des vivres, des chevaux, de
l’or pour les chevaliers, de la menue monnaie pour le peuple et des
bateaux pour franchir le Bosphore”. Débarqué sur l’autre rive,
Godefroi, pour la première fois depuis le départ – on était en mai 1097
– put recenser ses troupes avant de prendre la route pour Jérusalem.
Les
quatre armées, désormais, sous le
commandement de Godefroi de Bouillon, traversèrent le Bosphore puis, en
un très long cortège suivi du peuple pèlerin, prirent la route de
Jérusalem passant par Nicée (Iznik), “la capitale de toute la Romanie”.
Ils furent en vue de cette cité le 6 mai. “Là, raconte l’anonyme, nous
campâmes… et nous connûmes une grande disette de pain”. Un abondant
ravitaillement étant alors arrivé par mer chacun reprit courage et, le
jour de l’Ascension, le siège commença. “Le comte de Saint-Gilles
entouré de toutes parts du signe de la croix”, ayant à ses côtés
l’évêque du Puy et sa gent (dont très probablement Ponce de Balazuc,
représentant et ami de I’évêque de Viviers) “se heurta à l’ennemi à la
porte du Midi et chargea avec fougue”. Effrayés, les Turcs s’enfuirent
laissant derrière eux de nombreux morts. Surgit une seconde vague de
cavaliers turques et, ce jour là, se passa un fait de guerre tristement
célèbre qui se renouvellera encore. “A mesure que les Turcs avançaient,
ils restaient sur place la tête coupée par les nôtres. Ceux-ci alors,
projetaient les têtes tranchées avec des frondes, au delà des remparts,
pour accroître la frayeur des Turcs”. Le siège dura 7 semaines et 3
jours, en dépit de l’ardeur des troupes du comte de Saint-Gilles et des
chevaliers venus le rejoindre. En vain, la tour du Midi fut sapée. Mais
à la suite de transactions secrètes entre l’empereur Alexis et les
assiégés, Nicée se rendit à Alexis, privant les croisés de la victoire.
“Beaucoup reçurent là le martyre dans la joie et l’allégresse”.
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- L’ost repartit le
26 juin en deux
colonnes, l’une sous le commandement du Comte Bohémond, prince de
Calabre et l’autre “de Godefroi avec le comte de Saint-Gilles
accompagné de sa gent nombreuse et de plusieurs autres”. Deux jours
plus tard, les Turcs tentèrent d’encercler les croisés se demandant
“d’où était sortie une telle multitude, impressionnés par leur
mobilité” au cri “soyons unanimes dans la foi du Christ, dans la foi de
la victoire”. Tous s’élancèrent avec une telle ardeur que les Turcs
s’enfuirent abandonnant leurs campements. “Là, se fit un important
butin d’or, d’argent, de chevaux, ânes, chameaux, mais aussi de
beaucoup d’autres biens ignorés”, c’était le 1er juillet à Dorylée
(Eskisehir).
- L’ost repartit, une fois encore, à la
poursuite des fuyards qui se vantaient dans les pays traversés, pour en
obtenir de l’aide, d’une victoire sur les chrétiens, brûlant et pillant
tout. Ainsi s’ouvrit un désert de famine et de soif devant les
poursuivants. C’est dans ce désert de désolation que “le Comte de
Saint-Gilles sembla si affaibli que l’évêque d’Orange lui administra
l’extrême-onction”. Il survécut. Une année s’était écoulée depuis le
départ quand l’ost atteignit de riches terres aux approches d’lconium
(Konya). On fit d’abondantes provisions sans oublier l’eau, les uns se
dirigèrent vers Tarse, la ville de l’apôtre Paul, les autres, dont
Godefroi et le comte de Saint-Gilles “entrèrent en Arménie où la
plupart des villes déjà christianisées se rendaient sur le champ”.
Le
comte ayant appris que la garde turque d’Antioche était partie, décida
d’entreprendre la conquête de cette prestigieuse “capitale de toutes
les Syries que le Seigneur avait remis au bienheureux Pierre, le prince
des apôtres” et où les premiers disciples de Jésus, pour la première
fois se dirent chrétiens. Arrivé vers midi, le 21 octobre, le comte
ordonna le siège de cette forteresse réputée imprenable. Les assauts
répétés se révélèrent inefficaces. Fatigue, famine et puis la peste
sapèrent le moral des Francs provençaux. “Il y eut tant de morts que
l’on ne savait où les ensevelir”. Après 7 mois de lutte, la forteresse
s’avéra effectivement imprenable. Le découragement fut tel que, même
quand la ville fut occupée, de nombreux Francs, même parmi les
chevaliers, tentèrent de déserter. Alors, signes, visions et
prédictions redonnèrent foi et courage aux combattants du
Christ.
Dans
Antioche occupée par les
croisés qui, en dépit de tous les sacrifices et les combats
n’arrivaient pas à conquérir la forteresse, la première vision qu’eut
un prêtre jurant “sur les évangiles de l’évêque du Puy” fut celle de la
Vierge se tenant aux côtés de Saint-Pierre lui prédisant la victoire,
elle rendit quelques espérances aux combattants. Puis un pèlerin nommé
Pierre assura que l’apôtre André lui avait révélé “l’emplacement de la
lance de Notre Seigneur dont il fut blessé sur la croix”. Elle avait
été cachée dans l’église Saint-Pierre. On alla sur le lieu désigné, on
fouilla et l’on découvrit la lance à l’endroit dévoilé.
Le comte de
Saint-Gilles, l’évêque du Puy et nombreux de ses barons dont Ponce de
Balazuc, comme il est dit dans la lettre du chanoine du Puy à l’évêque
Léger de Viviers, étaient présents. Tous reprirent courage et jurèrent
de continuer la lutte jusqu’à Jérusalem sans défaillance. “Portant la
lance l’évêque du Puy suivi de sa gent et du corps de combattants
sortit, des remparts pour s’attaquer à la citadelle”. Le comte de
Saint-Gilles resta sur les hauteurs de la ville pour tenir en respect
l’armée. l’ennemi épouvanté par tant d’audace capitula. Le comte de
Saint-Gilles fit porter son étendard à la garde vaincue pour qu’il soit
hissé sur la tour. Mais les gens du Comte Bohémond qui avaient
participé à la victoire protestèrent et ce fut l’étendard de leur chef
qui flotta sur la citadelle. Contrairement au comte de Saint-Gilles,
Bohémont avait donné “l’hommage” à l’empereur, s’étant engagé à rendre
les villes reconquises quand ils étaient réunis à
Constantinople.
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Refusant de
restituer Antioche il décida d’y créer une principauté
chrétienne et franque qui le restera jusqu’en 1268… on peut comprendre
l’amertume ressentie par le valeureux comte de Saint-Gilles. “Cette
bataille, nous apprend l’anonyme, eut lieu le 28 juin, la veille de la
fête des apôtres Paul et Pierre es-liens”. “Nous nous reposâmes de nos
peines en grande joie et liesse pendant 5 mois et 8 jours” “les chefs
ayant décidé de ne repartir qu’en novembre. C’est à Antioche que
l’évêque du Puy tomba malade et, selon la volonté de Dieu, émigra de ce
siècle le jour de la Saint-Pierre”.
- Seule une partie de l’ost reprit la
route laissant derrière elle Antioche aux mains de Bohémond et de
certains chefs et des barons profondément divisés dont certains
n’étaient plus animés que du désir de se tailler un fief dans cet
Orient si riche de ce que ne connaissait pas l’Occident. Très seul,
mais pressé par sa gent, le comte de Saint-Gilles reprit la marche en
avant et les combats. S’étant emparé de la forteresse d’Abara, “il
s’empressa de l’établir sous son empire ; il nomma un évêque, la
mosquée fut transportée en église et il fit massacrer tous les Turcs
infidèles”. Continuant sa route, il s’arrêta devant Marra où Bohémond,
délaissant son fief, le rejoignit. Nouveau siège, nouvelle victoire,
nouvelles razzias. C’est à Marra, avant l’assaut final, tous souffrant
d’une terrible famine, qu’eut lieu des actes de cannibalisme perpétrés
par les Francs selon les récits d’historiens arabes et l’anonyme parle
“de cadavres dont ils (les Francs) découpaient la chair et la faisait
cuire pour la manger”. A Marra mourut l’évêque d’Orange.
Le comte de Saint-Gilles, toujours
opposé au comte de Bohémond sur la conduite à suivre, revint à Antioche
pour tenter de réveiller l’ardeur de ses compagnons d’armes et “de
trouver un moyen de se maintenir dans l’honneur sur la voie du Saint
Sépulcre”. Ayant échoué, en signe d’humilité, il sortit d’Antioche
pieds nus suivi de sa troupe le 13 janvier 1098. Ils traversèrent des
régions chrétiennes plus ou moins accueillantes. Enfin, vers la
mi-février, sortant de la riche vallée de Sem, ils arrivèrent devant
Archas “le siège dura 9 mois moins 1 jour, là, nous célébrâmes la Pâque
du Seigneur”, c’était le 10 avril. Ponce de Balazuc assista-t-il à
cette fête religieuse ? Selon la lettre du chanoine Guy d’Aiguilhe à
l’évêque Léger, ce fut devant Archas qu’il fut tué d’un coup de pierre.
“En ce siège reçurent heureusement le martyre plusieurs des nôtres…
dont les noms m’échappent”.
- L’ost repartit. Arrivant à Tripoli le
13 mai le comte de Saint-Gilles n’y séjourna que trois jours. Ce ne
sera qu’après la prise de Jérusalem que le Comte de Saint-Gilles
reviendra au Liban. Il croyait trouver là la Terre Promise. Il ne put
jamais conquérir cette ville. Il mourut le 28 février 1105 dans la
forteresse qu’il s’était faite construire sur le Mont Pèlerin face à la
cité. Ce n’est que quatre ans plus tard que son fils Bertrand, suivi
dit-on, de quatre mille chevaliers provençaux, put s’emparer de Tripoli
qui restera franque jusqu’en 1289. Les Mamelouks qui la reprirent la
rasèrent totalement pour détruire tout souvenir franc et la rebâtirent,
précisément, sur le Mont Pèlerin sous le nom de Qalat Sanjil qui serait
la transcription arabe de Saint-Gilles.
Bibliographie
1 - L’Anonyme (dit): La Geste des Francs, Arlea (1992).
(traduction et présentation : Aude Matignon)
2 - Histoire du Vivarais (Jeanne Laffite. Reprints) (1969).
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Le
dernier coseigneur de Saint-Montan, Jean-Claude,
Joseph de Saint-Priest.
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Si l’Histoire de Saint-Montan nous est
trop souvent assez mal ou peu connue, un heureux hasard peut
quelquefois nous offrir la chance d’en écrire quelques pages. Il en est
ainsi pour l’histoire du dernier coseigneur du château, Jean-Claude,
Joseph de Saint-Priest.
Josserand-Etienne
de Saint Priest, comte
d’Urgel, un de ses descendants en ligne directe a eu l’extrême
obligeance de me communiquer ses archives familiales et de me guider
dans cette recherche. C’est au début du XVIIIe siècle qu’un descendant
de cette illustre famille, seigneur déjà de Châteauneuf, fut coseigneur
de Saint-Montan. En effet, Louis de Saint-Priest, fils cadet de Pierre
III de Saint-Priest, avait épousé en 1686 Charlotte de Boulieu, en
l’hôtel de Boulieu à Annonay, où il s’installa à la mort de son
beau-père. C’est à Annonay que son fils cadet rencontra la “belle
Magdeleine Devès” dont il s’éprit. La famille Devès était une vieille
famille de Bourg-Saint-Andéol et de Saint-Montan.
Les Devès sont connus
dans les Archives notariales dès le début du XVIIe siècle. Un Louis
Devès était recteur de la chapelle Saint-Yves dans l’église paroissiale
de Sainte-Madeleine et à sa mort, en 1727, il fut enterré dans cette
chapelle où sa famille avait une sépulture. Le notaire Claude Devès, un
de ses parents, époux d’Anne David, qui nous a laissé de nombreux
registres datés de 1644 à 1681, l’avait précédé dans cette sépulture à
sa mort en 1683. D’autres membres de cette famille se succédèrent comme
notaire a Saint-Montan tel Jean-Louis Devès, époux de Magdeleine
Mouton, de 1660 à 1730, et Louis René Devès époux de Gabrielle Garcin.
Ce dernier fut consul de 1742 à 1747, sous Louis XV, alors que
Jean-Joseph Devès, époux d’Anne Brunel, lieutenant de juge devint
greffier consulaire de 1692 à 1755. Dans le même temps, Jean Devès,
époux de Magdeleine Coupa (les parents de la belle Magdeleine) était
procureur du sénéchal de Nîmes. Louis Devès, époux d’Elisabeth de
Quintin, avocat, fut premier consul de Saint-Montan. Il occupa cette
fonction de 1779 a 1788 “avec pour conseiller noble Etienne Hilaire de
Saint-Priest” fils de celui qui épousa Magdeleine Devès.
Madame de Saint-Priest n’ayant pas admis
le mariage de son fils avec Magdeleine Devès, le contrat de mariage fut
signé à Saint-Montan en présence des seuls parents de l’épousée.
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A la
mort de sa mère, Etienne-Gabriel de Saint-Priest vendit ses biens
hérités à Annonay pour s’installer “dans une grande maison à Virsac
(Viressac, sorte de château, aujourd’hui transformé en ferme) située
dans la commune où il possédait des terres comprenant des rentes
nobles”. Il existe sur le cadastre deux lieux-dits “Devès” et “Grand
Devès”.
De ce mariage naquit trois fils à Saint-Montan :
Etienne Hilaire fut le premier à prendre
le titre de seigneur de Saint-Montan. Brigadier aux Gardes du Corps du
roi Louis XV, il avait épousé Eulalie Quentin de Bauvert, au château de
“Bel Eau” à Donzère. De ce mariage naquirent, à Saint-Montan, trois
fils : Jean-Claude Joseph, Augustin-Louis et Louis Augustin qui, comme
leurs ancêtres embrassèrent la carrière militaire que brisèrent les
événements politiques de cette époque. Seul le fils cadet finit sa
carrière comme amiral.
Jean-Claude Joseph vint au monde en
1764. Comme son père, il servit dans les Gardes du Corps du roi – dans
la compagnie de Gramont – jusqu’à la Révolution. Le 18 avril 1790, il
épousa à Bollène, dans le comtat Venaissin encore sous l’autorité
papale, “Céleste de Roquard qui appartenait à une très illustre famille
de Bollène”. Jean-Claude Joseph de Saint-Priest perdit tous ses droits
seigneuriaux à la Révolution. “La tradition familiale veut qu’il
participa à un complot pour faire évader la reine Marie-Antoinette de
la prison du Temple pour gagner l’Italie. A la Terreur, il n’émigra pas
car il fut caché par la population”.
Redevenu coseigneur en 1802, “ses
prérogatives seigneuriales furent changées en prérogatives municipales
et il demeura administrateur de la commune jusqu’à son établissement à
Bollène en 1817 (Biographie de Louis de Châteauneuf). Ce choix d’un
seigneur caché et protégé sur ses terres lors de la Révolution et de la
Terreur, laisse entrevoir la confiance qui pouvait lui être accordée
par l’administration préfectorale, fait sans doute assez rare dans
l’Histoire de France de cette époque. Rappelons, pour mémoire, qu’en
1802 Bonaparte devint consul à vie et proclama la Constitution de l’an
X dont certaines lois modifièrent les Institutions Municipales qui
avaient perdus tous pouvoirs sous l’Ancien Régime. Elles avaient été
renforcées une première fois par un décret de fructidor de l’an III (en
1794) sous la Convention.
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Napoléon…
et Saint-Montan,
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Napoléon – est-il besoin de le rappeler – gouverna
en maître absolu dès 1802. Certes, il dota la France du Code
Civil avec le rejet total de la féodalité seigneuriale. Mais, voulant
recréer, selon sa propre expression, “l’unité européenne de
Charlemagne”, il s’aliéna l’Angleterre qui jura sa perte, hostile –
déjà – à toute idée européenne… Le blocus continental, que Napoléon
d’ailleurs ne réussit pas à établir efficacement faute d’une flotte
suffisante, poussa l’Angleterre à se coaliser avec les royautés
européennes, l’Autriche, la Prusse, l’Espagne… et la Russie.
Ce fut la
guerre pendant 13 ans, jusqu’à la chute et l’exil à Sainte-Hélène.
L’armée impériale vola d’abord de victoires en victoires. Mais survint
en Espagne une guérilla transformée rapidement en guerre qui, comme
devait l’écrire Stendhal dans son Napoléon “marqua à la fois l’époque
de la décadence de sa puissance et l’époque de la décadence de son
génie”. Napoléon lui-même dira à Las Cases à Sainte-Hélène “cette
guerre a détruit ma moralité en Europe, compliqué mes embarras, ouvert
une école aux soldats anglais. C’est moi qui ai formé l’armée anglaise
dans la péninsuIe”. Alors que Napoléon et l’empereur Alexandre 1er de
Russie “refaisaient la Carte du Monde” le peuple espagnol allait
anéantir ce beau rêve. Souvenons-nous “du coup de Trafalgar”quand la
flotte franco-espagnole, tenue en échec par l’amiral anglais Nelson
tenta de sortir de Cadix. Bien qu’en nombre inférieur la flotte
anglaise l’arrêta en vue du cap de Trafalgar le 20 octobre 1805. Après
un terrible affrontement elle dut se rendre, et l’Angleterre se
retrouvait maîtresse des mers.
L’Espagne, alliée de la France, se
tourna alors vers l’Angleterre et ouvrit ses ports, ainsi que le
Portugal, aux marchands anglais. La mésentente survenue à la cours des
Bourbons d’Espagne précipitèrent les événements. Godoy ministre duc de
Charles IV d’Espagne et favori de la reine, voulut imposer le prince
héritier Ferdinand et s’allia aux Anglais. L’arrivée de Murat et de ses
troupes aux portes de Madrid, précipita les événements. En mars 1808
une émeute éclata dans la capitale. La mésentente entre le roi et son
fils Ferdinand fut le prétexte pour Napoléon, qui haïssait les Bourbons
déjà chassés de Naples, d’écarter aussi ceux d’Espagne. Il attira, sous
prétexte de négociations, le roi et son fils à Bayonne, les obligea à
abdiquer, et les fit prisonniers avec Godoy, au château de Valençay. Le
15 juin 1808, il désigna le roi de Naples, son frère Joseph, “roi des
Espagnes et des Indes” qui partit pour Madrid avec une armée de 80 000
hommes et une Constitution libérale. Les Espagnols ne l’entendirent pas
ainsi et se révoltèrent en masse.
L’affrontement du peuple espagnol et
des troupes françaises fut d’une rare violence marquée de part et
d’autre d’atrocités dont le peintre Goya s’est fait le témoin dans ses
tableaux et gravures “désastres de la guerre 1810-1814”. Une junte à
Séville organisa la résistance, la guerre d’Espagne était commencée.
Les généraux évaluèrent mal le pouvoir de cette révolte populaire. Le
général Dupont subit une cruelle déroute, et ce fut la capitulation de
Bailen, le 22 juillet 1808. Lors de cette bataille périrent et furent
faits prisonniers de nombreux Français. Bailen, en Andalousie, fut la
première défaite des armées napoléoniennes. Le Portugal se souleva à
son tour soutenu par les Anglais et le général Junot dut, lui aussi,
capituler à Cintra.
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Napoléon, après son
entrevue avec Alexandre de
Russie à Erfurt (12 octobre 1808), partit aussitôt avec quelques uns de
ses plus fidèles généraux, (Lannes, Soult, Ney… ) espérant redresser la
situation dans la péninsule ibérique. Vainqueur à Burgos, à
Somo-Sierre, il put atteindre Madrid le 9 décembre alors que Soult et
Ney triomphaient des Anglais au Portugal. La victoire semblait si
proche que Napoléon repartit pour la France où Talleyrand en profitait
pour intriguer contre lui, laissant à Madrid son frère Joseph, seul
maître et roi. Mais la Catalogne s’enflamma à son tour.
En 1808, après Iéna et Eylau où les
pertes en hommes avaient été importantes, Napoléon avait du demander à
la France un nouvel effort “pour sauver la paix” d’où une nouvelle
levée de conscrits, mal acceptée. Nous avons un récit d’une journée de
recrutement dans les villages, toujours en vigueur depuis “la loi
Jourdan de 1798”. Les jeunes gens de 20 à 25 ans étaient conscrits,
c’est-à-dire “inscrits ensemble” sur les listes de registres
militaires. On tirait au sort ceux qui devaient partir. Les communes
étaient responsables des “levées” le jour du tirage au sort, journée
devenue trop familière sous Napoléon qui se déroulait sur la place du
village – sans nul doute au Poussiac à Saint-Montan – en présence de
Monsieur le Maire.
En 1808, le maire était Jean-Claude Joseph de
Saint-Priest, évoqué dans le précédent article, dont nous possédons la
reproduction de son portrait grâce à l’obligeance de son descendant
direct le comte Josserand de Saint-Priest. Il fut maire de Saint-Montan
de septembre de l’an X (1802) au 13 janvier 1806, puis fut reconduit
dans ses fonctions jusqu’au 7 décembre 1817, date à laquelle il se
retira à Bollène. Les maires étaient alors nommés par le gouvernement
impérial sous l’autorité des préfets. En 1808 le préfet de l’Ardèche
était un noble de l’Ancien Régime, officier de l’armée de Louis XVI,
Alexandre de Bruneteau de Sainte-Suzanne, qui avait été élève et ami de
Bonaparte à l’école militaire de Brienne. Mis en place en 1806 il y
restera jusqu’en 1810. L’administration préfectorale centrale, créée le
6 mars 1790 dans le département de l’Ardèche, avait été installée à
Privas dès le 9 septembre 1790. Le jour du tirage au sort le maire
était entouré de ses adjoints, d’officiers recruteurs envoyés par le
préfet, et de gendarmes. Chaque conscrit tirait de son chapeau un
numéro. Sur place, et aussitôt, il était “toisé” c’est-à-dire mesuré et
un préposé inscrivait sur ses listes son identité, sa taille, et
éventuellement quelques particularités physiques. Les Ardéchois, le
plus souvent, étaient incorporés dans l’infanterie de ligne comme le
célèbre Sainmontannais Dominique Clément Guyon et quelques autres tels
Louis Loubet qui, tout au cours de son incorporation, écrivit
régulièrement à sa mère et dont quelques lettres furent sauvées de
l’usure du temps. On sait que Dominique Guyon engagé volontaire en
1792, nommé colonel en 1814, était chef d’escadron au 12ème chasseur
quand il partit pour l’Espagne en 1810. Il se battit avec bravoure dans
l’armée de Catalogne en 1811, 1812, 1813. Et nous avons dans nos
archives familiales des lettres datées de Pampelune, Saragosse et
Terragone de Louis Loubet qui, conscrit en 1808, revint au village
natal fin 1814, avec son sabre et une décoration. Il avait 31 ans, il
s’y maria avec Marie-Anne Dusserre dont il eut un fils Jean Louis, le
1er décembre 1816, mon bisaïeul paternel. Parti à 24 ans, il servit
l’empereur 7 ans.
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Revenons donc à la
Catalogne qui se
souleva dès 1808. Le général Suchet prit la tête d’un corps d’armée
chargé de pacifier cette province. Il est intéressant de rappeler que
Suchet avait commandé un régiment de soldats ardéchois, plus ou moins
volontaires, au siège de Toulon en 1793, aux côtés de Bonaparte.
Pampelune, en Navarre, fut prise dès 1808 par les Français sous les
ordres du général en chef d’Armagnac. Saragosse, en Aragon, assiégée de
fin 1808 à février 1809, se rendit au maréchal Lannes après de
sanglants combats de rue, même de maisons à maisons, faisant de
nombreux morts évalués à 50 000 environ. Suchet occupa Huesca, en
Navarre, en janvier 1810, Lérida en mai 1810, Tarragone en 1811. Fait
duc d’Albufera, il fit le siège de Valence dès octobre 1812 qu’il
occupa jusqu’en 1814. Le traité de paix de Valençay, après la déroute
de Vittoria en décembre 1813, vit le retour des Bourbons sur le trône
d’Espagne avec Ferdinand VII.
Grâce aux quelques lettres sauvées de
Louis Loubet nous tenterons de suivre le bataillon dans lequel il fut
incorporé. Une lettre de Pampelune du 28 octobre 1809 nous apprend que
sa division “passa à Saint-Sébastien puis nous n’avons plus eu de
repos. Nous avons toujours été au combat ou sous les armes. Nous avons
campé trois mois malgré la chaleur et le froid… nous sommes revenus
dans cette ville (Saint-Sébastien) pour nous équipé un peut (sic). Nous
croyons cependant partir bientôt pour rejoindre notre division”. Il
donne son adresse : Monsieur Louis Loubet, soldat au 2ème régiment
supplémentaire, 2ème bataillon, 5ème compagnie. La lettre était
adressée à Marianne Loubet, Saint-Montant, département de l’Ardèche,
poste restante au Bourg-Saint-Andéol. Dans une autre, envoyée de
Tarragone où commandait le général Hugo, père du poète (“Mon père ce
héros au sourire si doux”) datée du 18 août 1811, il écrit “ma mère
vous ne vous plaindrê (sic) pas de ma négligence … vous devez être
instruite que nos fourriers ne passent pas régulièrement. Je vous dirai
que nous avons beaucoup souffert par des marches forcées… au milieu de
grande chaleur. Malgré la fatigue, les combats, et les sièges que nous
avons faits et les forts pris d’assaut, le ciel m’a conservé…
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Nous
sommes dans un port de mer dont nous voyons tous les jours les Anglais,
et prêts à nous battre contre eux… ” Nous pouvons suivre ainsi la
marche de sa compagnie depuis l’entrée en Espagne à Saint-Sébastien,
avec l’armée du général d’Armagnac qui, venue de Bayonne, passa par
Irum et Saint-Sébastien, pour entrer dans Pampelune dès 1808. Puis ce
fut Sarragosse en 1805, Huesca en Navarre prise par Suchet en janvier
1810 ; Lérida en mai 1810, Tarragone en 1811, Valence en Juin 1813. Dès
cette date le retour en France des troupes françaises dut commencer. On
sait que le colonel Guyon rentra effectivement en 1813. Nous ne savons
pas à ce jour si Louis Loubet et d’autres Sainmontanais, qu’il serait
intéressant de recenser, étaient alors sous les ordres du chef
d’escadron, le colonel Dominique Clément Guyon. Sur ce point
“l’Association pour l’encouragement des Etudes napoléoniennes” à qui
nous devons quelques précisions sur “Napoléon et la guerre d’Espagne”
pourrait peut-être nous renseigner, après des recherches faites dans
les Archives de la commune nous permettant de connaître,
éventuellement, des descendants des soldats de l’Empire.
NB : La maison de la famille Loubet à cette époque a pu être localisée
par les recherches de L.F. Cave sur les anciens cadastres dans le bourg
de Saint-Montan. Il s’agit de la maison dite “du Tambour”, rue du
Château. La maison de la famille de Saint-Priest se trouve être celle
du peintre Kerlam, place de l’Eglise.
Ces articles
parfois remaniés et complétés, tels “les cadastres romains
d’Orange” et “Napoléon… et Saint-Montan” ont paru à la rubrique
Saint-Montan dans le journal La Tribune de Montélimar. Nous remercions
la direction d’avoir eu l’obligeance de nous autoriser à les réunir en
un seul fascicule.
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